Cavalcade d'Anglet
Traduction de l’article sur la cavalcade d’Anglet paru dans kazeta.eus
Cavalcade d’Anglet, force intérieure et
soif d’avenir
Par Joseba Aurkenerena
[CRITIQUE CULTURELLE] « Le 26 septembre, je me suis rendu, avec des amis, à la place
Quintaou pour profiter de la cavalcade de ce jour-là. Et du début à la fin, je dois vous
avouer que les Angloys ont joué la cavalcade-tobera d’une main de maître, nous tenant
captivés et émerveillés. »
À Anglet, deux cultures ont vécu l’une à côté de l’autre depuis longtemps : les Basques et les
Gascons ; et toutes deux ont formé la société angloye. En 1966, les enfants du pays ont créé
l’association Angeluarrak, en voulant donner de la force et de l’impulsion à la transmission du
basque et de la culture basque. Cela a toujours été une association très forte, qui a eu et a une
grande influence à Anglet. Aujourd’hui encore, elle compte une centaine de participants. On
peut dire que le groupe de danse Angeluarrak est le cœur de cette association, qui réalise
chaque année plusieurs événements culturels et rites dans la ville : le carnaval du Labourd, le
feu de la Saint-Jean, Olentzero… et cetera. Cette année, ladite association a fêté ses 60 ans ;
et, à cette occasion, ils se sont attelés à l’organisation d’une nouvelle cavalcade.
À Anglet, nous avons une vieille tradition, la cavalcade-tobera, mais ils ont joué la dernière en 2002 ; c’est-à-dire il y a vingt-quatre ans.
C’est pour cela qu’en septembre 2025, ils ont organisé un groupe moteur fort, divisé en quatre
domaines : la danse, le théâtre, la couture et la musique.
Dans la commission de danse, Elorri Amulet, Jerome Arhanzet, Elena Darzelos, Oihana Makazaga et Mattin Prat ont été les responsables principaux, réunissant 190 danseurs sous leurs ordres.
Dans la commission de théâtre, ils ont eu Jokin Irungarai comme metteur en scène ; réunissant en tout 26 comédiens.
Dans la commission de couture, 25 couturières ont travaillé, en faisant quatre ateliers par semaine.
Et dans la commission de musique, 25 musiciens se sont réunis (gaita, saxophone alto, flûte, alto, mandoline, clarinette, txistu, xirula, percussions et accordéons) sous la conduite du compositeur et musicien professionnel Patxi Amulet. La directrice musicale, quant à elle, a été Maite Duboué, professeure de musique au Conservatoire de Bayonne.
Le 5 juin, ils ont donné la Cavalcade des Jeunes (Gazte Kabalkada) à la patinoire d’Anglet, qui
garantira le vivier pour l’avenir. Les Angloys d’aujourd’hui ont semé la graine pour que les
Angloys de demain organisent de beaux fruits, c’est-à-dire de belles cavalcades. Ils ont voulu
garantir l’avenir, pour que les générations de demain soient bascophones et attachées à la
culture basque. Et je pense qu’ils y parviendront, au vu de l’énergie et de la ferveur bascophile
des jeunes qui ont participé à la cavalcade des jeunes.
Et après avoir passé un été chaud, la Cavalcade d’Anglet est venue, le dimanche 20 septembre, au fronton d’Hardoy ; et le samedi 26, à la célèbre place Quintaou.
Dans les deux cas, tous les sièges étaient remplis et les alentours pleins à craquer de monde. Une cavalcade vraiment belle, une ambiance basque formidable, les cœurs joyeux… Ces jours-là à Anglet, on remarquait vraiment une force intérieure et une soif d’avenir ! De quoi féliciter !
La structure et d’autres caractéristiques de la cavalcade
Moi, avec des amis, je me suis approché le 26 de la place Quintaou, pour profiter de la cavalcade de ce jour-là. Et du début à la fin, je dois vous avouer que les Angloys ont joué la cavalcade-tobera d’une main de maître, nous tenant captivés et émerveillés.
Le début était extrêmement beau. En ouvrant le défilé, quatre cavaliers portant deux ikurrina
basques, le drapeau du Labourd et celui d’Anglet. Ils sont entrés sur la place dans un grand
silence, et en saluant ceux qui étaient des quatre côtés, ils ont annoncé que la cavalcade allait
commencer en répétant haut et fort des quatre côtés : « Kabalkada hasiko da! » (La cavalcade
va commencer !).
Lorsqu’ils sont sortis de la place, sont entrés, accompagnés d’un air habituel dans les cavalcades, les zapurrak (sapeurs), les bolantak, les kaskarotak, les andere xuriak (dames
blanches), les habitants, les porteurs de drapeaux, les makilari (manieurs de bâton), les
bertsolari…, et derrière eux tous, sont apparus dans une charrette et entourés de zirtzil
(personnages haut en couleur/satiriques) M. le juge, M. le procureur, Mme l’avocate de la
défense, et deux huissiers. À la fin, une belle troupe de musiciens.
Ils ont divisé la séance de théâtre en quatre apparitions (actes). Dans la première, ils nous ont
présenté la folie immobilière. Dans la deuxième apparition, ils nous ont rappelé l’étouffement de
l’urbanisme et le procès de la politique linguistique de la ville. Dans la troisième, ils ont parlé de
la double identité du village d’Anglet (basque et gasconne). Et dans la quatrième apparition, ce
fut le moment du jugement. Le juge, au bonheur de tous, a rendu un jugement en faveur du
basque et du gascon, ainsi qu’en faveur de mesures contre la folie immobilière.
Ce furent des apparitions profondes, du point de vue du sujet, qui ont eu un impact sur la ville
d’Anglet, mais qu’ils ont traitées avec beaucoup d’humour, déclenchant souvent les rires et les
éclats de rire du public.
Là-bas, personne n’a eu le temps de s’ennuyer. Les danseurs, une belle troupe composée de
190 personnes, ont évolué de manière excellente en déclenchant des salves d’applaudissements du public. Dans la première apparition, ils ont dansé joyeusement le saut de danse appelé Azkaindarrak ; dans la deuxième : Euskaldunak et Sorginak et les quatre contredanses habituelles ; dans la troisième : Eskotixa, Gau-ainarak et Gabota ; et dans la quatrième apparition : Makil-ttiki, Hiru txito, le fandango de Betelu, la sokadantza de Macaye et Dantza Luze. De vraies excellentes séances faites par les danseurs angloys, dont certaines ont été récompensées par le public par de très très longs applaudissements.
Dans cette deuxième séance, Battitt Crouspeyre et Patxi Iriart étaient présents au début, dans
les intervalles entre les apparitions et à la fin, s’illustrant joliment, diffusant des explications avec
leurs bertsos (vers improvisés) et donnant une sorte d’unité à la cavalcade. Il faut dire qu’ils ont
fait d’excellentes prestations.
Dans la troisième apparition, les deux makilari ont dansé et lancé le bâton très haut, faisant une
excellente prestation. Le public les a applaudis très chaleureusement.
« Le juge, au bonheur de tous, a rendu un jugement en faveur du basque et du gascon, ainsi
qu’en faveur de mesures contre la folie immobilière »
C’est bien connu, dans les cavalcades, la mort des huissiers est un élément habituel. On les tue
et, ensuite, d’une manière ou d’une autre, ils sont ressuscités. Dans la cavalcade d’Anglet, ce
sont le bedezi (médecin) et les infirmières qui évoluent dans les mascarades de Soule qui se
sont approchés du Labourd et ont ressuscité les huissiers.
À la fin, tous les acteurs ou participants ont chanté ensemble la belle chanson intitulée ‘Urratsez
eta jauzika’ (À pas et en sauts), faite par les frères Eñaut et Gexan Alfaro et Patxi Amulet. C’est là qu’était le message de la cavalcade, la volonté et le dessein des Angloys.
Voyons plutôt :
A pas et en sauts, Danse, chant, théâtre, le sourire aux lèvres, en se tendant les bras et les
cœurs les uns aux autres. Un village entier aujourd’hui s’est réveillé pour nous, la langue
basque étant notre lien à tous.
De la Barre à Sutar, Quintaou, Aritxaga, Blancpignon, Bécasse,
Montbrun, Hardoi et Latxaga, les mains tendues, poussons la relation, en soufflant de quartier
en quartier notre travail en commun. À pas et en sauts, le regard aiguisé, depuis les quartiers
vient le battement du village, vouloir vivre en basque, en parlant basque, ensemble à Anglet.
Vive la cavalcade !
Mon avis sur la cavalcade d’Anglet
En lisant les commentaires que j’ai faits entre les lignes précédentes, vous avez sûrement déjà
deviné que j’ai aimé la cavalcade d’Anglet, et vous ne vous trompez pas, chers lecteurs, car la
cavalcade-tobera jouée par les Angloys m’a paru être un chef-d’œuvre dans absolument tous
les domaines ; c’est-à-dire dans le théâtre, la danse, la musique, le travail des couturières… car
je suis sûr que ce sera une cavalcade qui passera à l’histoire comme une étape clé.
Au débutdu XXe siècle, la cavalcade d’Irisarry a été la grande étape clé, et maintenant, en ce début de XXIe siècle ici à Anglet, la cavalcade jouée de la même manière restera longtemps dans les mémoires en Labourd et en Basse-Navarre, comme une cavalcade qui s’est située tout au sommet.
Une si grande troupe de danseurs, 190 au total, ne peut pas se voir dans toutes les cavalcades
; qui plus est, eux ont évolué avec une grande habileté. Le travail réalisé par les couturières a
été excellent, les vêtements, les drapeaux… tous très beaux et de couleurs très vives, réjouissant vraiment le cœur ! Les prestations excellentes et joyeuses des bertsolari, le jeu des makilari à garder en mémoire, les comédiens habiles et élégants dans les quatre apparitions, le
chant final fin diffuseur de message ;
et que dire du travail des musiciens, car ils ont joué avec soin et bonheur, en liant bien les moments et les temps de la cavalcade.
Pour résumer, qu’il mesoit permis de dire, selon moi, que cette cavalcade d’Anglet a été joyeuse, belle, pleine d’humour, de grande couleur et de grande perfection.
La cavalcade d’Anglet a magnifiquement critiqué, et avec beaucoup d’humour, la spéculation
immobilière et a dénoncé les vautours des entreprises immobilières qui s’y adonnent. En même temps, elle a fait la défense passionnée de la culture et de l’identité gasconne et basque d’Anglet, en revendiquant à maintes reprises qu’Anglet possède une grande richesse en
fondant son être sur ces deux cultures.
La cavalcade a été revendicative, anticoloniale, et a ouvert une large fenêtre, face à face, à l’espoir.
Par conséquent, pour finir avec cet article, je souhaite féliciter du fond du cœur, dans cette
cavalcade d’Anglet, d’une manière ou d’une autre, c’est-à-dire les organisateurs, les
couturières, les comédiens, les danseurs, les manieurs de bâton, les bertsolari, les
musiciens…, pour avoir su donner un si beau travail. Je garde aussi en mémoire, comment
pas, M. Jokin Irungarai qui a agi comme responsable, car il a guidé et dirigé tous les fils de la cavalcade avec justesse et droit.
De plus, je mentionnerais que cet avis n’est pas seulement le
mien, car ce que j’ai dit ici, je l’ai entendu dans la bouche de tous ceux qui se sont approchés de la cavalcade. Félicitations à tous, donc. Vive Anglet !